L’Imitation de Jésus-Christ est une œuvre anonyme de piété chrétienne, écrite en latin à la fin du XIVe siècle. On estime habituellement que son auteur (ou copiste) est Thomas a Kempis (1380-1471).
Il s’agit du livre le plus imprimé au monde après la Bible et, selon Yann Sordet, de « l’un des plus grands succès de librairie que l’Europe ait connus de la fin du Moyen Âge au début de l’ère contemporaine. »
Le texte est divisé en quatre parties d’inégale longueur :
Livre I – Avertissements utiles à la vie spirituelle : 25 chapitres.
Livre II – Avertissements entraînant à la vie intérieure : 12 chapitres.
Livre III – De la consolation intérieure : 59 chapitres.
Livre IV – Exhortation à la sainte communion : 18 chapitres.
Chacun des quatre livres peut être lu de manière autonome. L’anonymat de l’œuvre semble favoriser le processus d’identification inhérent à toute lecture, car aucune personnalité ne vient ici s’interposer entre le lecteur et le texte.
Pour lire le livre L’imitation de Jésus-Christ – Texte entier. Édition de 1890.
S O M M A I R E
– Quand l’âme est fatiguée des exercices spirituels.
– Éviter la trop grande familiarité.
– Ne pas se laisser trop abattre quand on tombe en faute.
– Ne pas chercher à savoir ce qui est au-dessus de nous,
– Ni qui est le meilleurs des Saints,
– Ni sonder les secrets jugements de Dieu.
Quand l’âme est fatiguée des exercices spirituels.
Extrait du livre : L’imitation de Jésus-Christ. Livre III – CHAPITRE 51.
Qu’il faut s’occuper d’œuvres extérieures, quand l’âme est fatiguée des exercices spirituels.
Jésus-Christ : Mon fils, vous ne sauriez sentir toujours une égale ardeur pour la vertu, ni vous maintenir sans relâche dans un haut degré de contemplation ; mais il est nécessaire, à cause du vice de votre origine, que vous descendiez quelquefois à des choses plus basses, et que vous portiez, malgré vous, et avec ennui, le poids de cette vie corruptible.
Tant que vous traînerez ce corps mortel, vous éprouverez un grand dégoût et l’angoisse du cœur.
Il vous faut donc, pendant que vous vivez dans la chair, gémir souvent du poids de la chair, et de ne pouvoir continuellement vous appliquer aux exercices spirituels et à la contemplation divine.
Cherchez alors un refuge dans d’humbles occupations extérieures, et dans les bonnes œuvres une distraction qui vous ranime : attendez avec une ferme confiance mon retour et la grâce d’en haut : souffrez patiemment votre exil et la sécheresse du cœur, jusqu’à ce que je vous visite de nouveau, et que je vous délivre de toutes vos peines, car je reviendrai, et je vous ferai oublier vos travaux et jouir du repos intérieur.
J’ouvrirai devant vous le champ des Écritures, afin que votre cœur ; dilaté d’amour, vous presse de courir dans la voie de mes commandements. Et vous direz : Les souffrances du temps n’ont point de proportion avec la gloire future qui sera manifestée en nous.

Éviter la trop grande familiarité.
CHAPITRE VIII.
1. N’ouvrez pas votre cœur à tous indistinctement; mais confiez ce qui vous touche à l’homme sage et craignant Dieu.
Ayez peu de commerce avec les jeunes gens et les personnes du monde.
Ne flattez point les riches, et ne désirez point de paraître devant les grands.
Recherchez les humbles, les simples, les personnes de piété et de bonnes mœurs ; et ne vous entretenez que de choses édifiantes.
N’ayez de familiarité avec aucune femme ; mais recommandez à Dieu toutes celles qui sont vertueuses.
Ne souhaitez d’être familier qu’avec Dieu et les Anges, et évitez d’être connu des hommes.
2. Il faut avoir de la charité pour tout le monde ; mais la familiarité ne convient point.
Il arrive que, sans la connaître, on estime une personne sur sa bonne réputation : et en se montrant, elle détruit l’opinion qu’on avait d’elle.
Nous nous imaginons quelquefois plaire aux autres par nos assiduités ; et c’est plutôt alors que nous commençons à leur déplaire par les défauts qu’ils découvrent en nous.
Ne pas se laisser trop abattre quand on tombe en faute.
CHAPITRE LVII.
1. Jésus-Christ : Mon fils, la patience et l’humilité dans les traverses me plaisent plus que beaucoup de joie et de ferveur dans la prospérité.
Pourquoi vous attrister d’une faute légère qu’on vous attribue ? Fût-elle plus grave, vous ne devriez pas en être émus. Laissez donc tomber cela ; ce n’est pas une chose nouvelle, ni la première fois que vous l’éprouvez, et ce ne sera pas la dernière, si vous vivez longtemps.
Vous avez assez de courage quand il ne vous arrive rien de fâcheux. Vous savez même conseiller bien les autres, et les fortifier par vos discours ; mais lorsqu’il vous survient une affliction soudaine, vous manquez de conseil et de force.
Considérez votre extrême fragilité, dont vous avez si souvent l’expérience dans les plus petites choses ; et toutefois Dieu le permet ainsi pour votre salut.
Veillez à ce qu’il ne vous échappe aucune parole trop vive qui scandalise les faibles.
2. Bannissez de votre cœur, autant que vous le pourrez, tout ce qui le trouble. A-t-il été surpris, qu’il ne se laisse point abattre, mais qu’il se dégage sur-le-champ. Souffrez au moins avec patience, si vous ne pouvez souffrir avec joie.
Lorsque vous êtes peinés d’entendre certaines choses, et que vous en ressentez de l’indignation, modérez-vous, et veillez à ce qu’il ne vous échappe aucune parole trop vive qui scandalise les faibles.
Votre émotion s’apaisera bientôt, et le retour de la grâce adoucira l’amertume intérieure.
Je suis toujours vivant, dit le Seigneur, pour vous secourir et vous consoler plus que jamais, si vous mettez en moi votre confiance, et si vous m’invoquez avec ferveur.
Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans un égal degré de vertu, lorsque cette persévérance a manqué à l’Ange dans le ciel, et au premier homme dans le paradis ?
3. Armez-vous de constance, et préparez-vous à souffrir encore d’avantage.
Tout n’est pas perdu, quoique souvent vous soyez dans le trouble et tenté violemment.
Vous êtes un homme, et non pas un Dieu ; vous êtes de chair, et non pas un ange.
Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans un égal degré de vertu, lorsque cette persévérance a manqué à l’Ange dans le ciel, et au premier homme dans le paradis ?
C’est moi qui soutiens et qui délivre ceux qui gémissent ; et j’élève jusqu’à moi ceux qui reconnaissent leur infirmité. (…)
Ne pas chercher à savoir ce qui est au-dessus de nous, ni sonder les secrets jugements de Dieu.
CHAPITRE LVIII.
Jésus-Christ : Mon fils, gardez-vous de disputer sur des sujets trop hauts, et sur les jugements cachés de Dieu : pourquoi l’un est abandonné, tandis qu’un autre reçoit des grâces si abondantes ; pourquoi celui-ci n’a que des afflictions, et celui-là est comblé d’honneurs.
Tout cela est au-dessus de l’esprit de l’homme, et nulle raison ne peut, quels que soient ses efforts, pénétrer les jugements divins.
Quand donc l’ennemi vous suggère de semblables pensées, ou que les hommes vous pressent de questions curieuses, répondez par ces paroles du Prophète :
–Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont droits.
Ou encore :
–Les jugements du Seigneur sont vrais et se justifient par eux-mêmes.
Il faut craindre mes jugements, et non les approfondir, parce qu’ils sont incompréhensibles à l’intelligence humaine.
Ne comparez pas les Saints entres eux.
Ne disputez pas non plus des mérites des Saints, ne recherchez point si celui-ci est plus saint que cet autre, ni quel est le plus grand dans le royaume des cieux.
Ces recherches produisent souvent des différends et des contestations inutiles ; elles nourrissent l’orgueil et la vaine gloire, d’où naissent des jalousies et des dissensions ; celui-ci préférant tel Saint, celui-là tel autre, et voulant qu’il soit le plus élevé.
L’examen de pareilles questions, loin d’apporter aucun fruit, déplaît aux Saints. Car je ne suis point un Dieu de dissension, mais de paix ; et cette paix consiste plus à s’humilier sincèrement qu’à s’élever.
Quelques-uns ont un zèle plus ardent, une affection plus vive pour quelques Saints que pour d’autres ; mais cette affection vient plutôt de l’homme que de Dieu. C’est moi qui ai fait tous les Saints, moi qui leur ai donné la grâce, moi qui leur ai distribué la gloire.
C’est Moi qu’on doit louer dans tous mes Saints.
Je sais les mérites de chacun : je les ai prévenus de mes plus douces bénédictions. Je les ai connus et aimés avant tous les siècles : je les ai choisis du milieu du monde, et ce ne sont pas eux qui m’ont choisi les premiers. Je les ai appelés par ma grâce, je les ai attirés par ma miséricorde, et conduits à travers des tentations diverses.
J’ai répandu en eux d’ineffables consolations : je leur ai donné de persévérer, et j’ai couronné leur patience. Je connais le premier et le dernier, et je les embrasse tous dans mon amour immense.
C’est moi qu’on doit louer dans tous mes Saints ; moi qu’on doit bénir au-dessus de tout et honorer en chacun de ceux que j’ai ainsi élevés dans la gloire et prédestinés, sans aucuns mérites précédents de leur part.
Celui donc qui méprise le plus petit des miens, n’honore pas le plus grand, parce que j’ai fait le petit et le grand. Et quiconque rabaisse quelqu’un de mes Saints, me rabaisse moi-même, et tous ceux qui sont dans le royaume des cieux.
Les Saints sont tous unis par le même amour.
Tous ne sont qu’un par le lien de la charité : ils n’ont tous qu’un même sentiment, une même volonté, et sont tous unis par le même amour. Et ce qui est plus parfait encore, ils m’aiment plus qu’ils ne s’aiment, plus que tous leurs mérites. Ravis au-dessus d’eux-mêmes, au-dessus de leur propre amour ; ils se plongent et se perdent dans le mien, et s’y reposent délicieusement.
Rien ne saurait partager leur cœur, ni le détourner vers un autre objet ; parce que, remplis de la vérité éternelle, ils brûlent d’une charité qui ne peut s’éteindre.
Que les hommes ensevelis dans la chair et ses convoitises, les hommes qui ne savent aimer que les joies exclusives, cessent donc de discourir sur l’état des Saints. Ils retranchent et ils ajoutent, suivant leur inclination, et non pas selon que l’a réglé la vérité éternelle.
En plusieurs, c’est l’ignorance, et surtout en ceux qui peu éclairés de la lumière divine, aiment rarement quelqu’un d’un amour parfait et purement spirituel. Une inclination naturelle et une affection tout humaine les attirent vers tel ou tel Saint ; et ils transportent dans le ciel les sentiments de la terre. Mais il y a une distance infinie entre les pensées des hommes imparfaits et ce que la lumière d’en haut découvre à ceux qu’elle éclaire.
Gardez-vous donc, mon fils, de raisonner curieusement sur ces choses qui passent votre intelligence : travaillez plutôt avec ardeur à obtenir une place, fût-ce la dernière, dans le Royaume de Dieu.
Quand quelqu’un saurait qui des Saints est le plus parfait et le plus grand dans le Royaume céleste, que lui servirait cette connaissance, s’il n’en tirait un nouveau motif de s’humilier devant moi et de me louer davantage ?
Celui qui pense à la grandeur de ses péchés, à son peu de vertu, qui considère combien il est éloigné de la perfection des Saints, se rend plus agréable à Dieu que celui qui dispute sur le degré plus ou moins élevé de leur gloire.
Il vaut mieux prier les Saints avec larmes et avec ferveur, et implorer humblement leurs glorieux suffrages, que de chercher vainement à pénétrer le secret de leur état dans le ciel. Ils sont heureux, contents : qu’avons-nous besoin d’en savoir plus, et n’est-ce pas assez pour réprimer tous nos vains discours ?
Plus les Saints sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles en eux-mêmes.
Ils ne se glorifient point de leurs mérites, parce qu’ils ne s’attribuent rien de bon, mais qu’ils attribuent tout à moi, qui leur ai tout donné par une charité infinie.
Ils sont remplis d’un si grand amour de la Divinité, d’une joie si surabondante, que comme il ne manque rien à leur gloire, rien ne peut manquer à leur félicité.
Plus ils sont élevés dans la gloire, plus ils sont humbles en eux-mêmes : et leur humilité me les rend plus chers, et les unit plus étroitement à moi. C’est pourquoi il est écrit :Qu’ils déposaient leurs couronnes au pied du trône de Dieu, qu’ils se prosternaient devant l’Agneau, et qu’ils adoraient Celui qui vit dans les siècles des siècles.
Plusieurs recherchent qui est le premier dans le royaume de Dieu ; lesquels ignorent s’ils seront dignes d’être comptés parmi les derniers. C’est quelque chose de grand d’être le plus petit dans le Ciel, où tous sont grands : parce que tous seront appelés et seront en effet les enfants de Dieu.
Le moindre des élus sera comme le chef d’un peuple nombreux, tandis que le pécheur, après une longue vie, ne trouvera que la mort. Ainsi, quand mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le Royaume des cieux, ils entendirent cette réponse :
– Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Celui donc qui se fera petit comme cet enfant, sera le plus grand dans le royaume des cieux.
Malheur à ceux qui dédaignent de s’abaisser avec les petits, parce que la porte du Ciel est basse, et qu’ils n’y pourront passer.
Malheur aussi aux riches qui ont ici leur consolation, parce que, quand les pauvres entreront dans le royaume de Dieu, ils demeureront dehors poussant des hurlements.
Humbles, réjouissez-vous ; pauvres, tressaillez d’allégresse, parce que le royaume de Dieu est à vous, si cependant vous marchez dans la vérité.
Chapitres complémentaires :
Progression spirituelle et sainteté
Messages sur la prière, le désir
Messages sur les miracles et comment prier.
En communication avec Dieu
Évangélisateurs et guerriers de prière
Le Psaume 91