Judas de Kériot, l’Iscariote

Le désespoir de Judas et sa mort par Catherine Emmerich.

Extrait de la Vie de N. S. Jésus Christ recueillis par Clément Brentano d’après les visions d’Anne-Catherine Emmerich (1774-1824) – Éditions de 1860.

Pendant que Jésus était dans le cachot, Judas qui jusque-là avait erré comme un désespéré dans la vallée de Hinnom, se rapprocha du tribunal de Caïphe. Il se glissa près de cet édifice, ayant encore pendues à sa ceinture les trente pièces d’argent, prix de sa trahison. Tout était rentré dans le silence, et il demanda aux gardes de la maison, sans se taire connaître d’eux, ce qui adviendrait du Galiléen. Il a été condamné à mort, dirent-ils, et il sera crucifié il entendit d’autres personnes parler entre elles des cruautés exercées sur Jésus, de sa patience, du jugement solennel qui devait avoir lieu au point du jour devant le grand conseil.

Pendant que le traître recueillait çà et là ces nouvelles, le jour parut, et on commença à faire divers préparatifs dans le tribunal. Judas se retira derrière le bâtiment pour ne pas être vu : car il fuyait les hommes comme Caïn, et le désespoir s’emparait de plus en plus de son âme. Mais quel spectacle s’offrit à sa vue. L’endroit où il s’était réfugié était celui où l’on avait travaillé à la croix : les différentes pièces dont elle devait se composer étaient rangées en ordre, et les ouvriers dormaient à côté. Le ciel blanchissait au-dessus de la montagne des Oliviers : il semblait voir avec terreur l’instrument de notre rédemption. Judas tressaillit et s’enfuit : il avait vu le gibet auquel il avait vendu le Seigneur. Il se cacha dans les environs, attendant la conclusion du jugement du matin. (…)

Pendant qu’on conduisait Jésus à Pilate, le traître Judas qui ne s’était pas beaucoup éloigné, entendait ce qui se disait dans la foule, et son oreille était frappée de paroles semblables à celles-ci : On le conduit à Pilate ; le grand Conseil a condamné le Galiléen à mort, il doit être crucifié, on ne le laissera pas en vie, on l’a déjà terriblement maltraité, il est d’une patience qui confond ; il ne répond rien, il a dit seulement qu’il était le Messie et qu’il siégerait à la droite de Dieu ; c’est pourquoi on le crucifiera : s’il n’avait pas dit cela, on n’aurait pas pu le condamner a mort. Le coquin qui l’a vendu était son disciple, et avait, peu de temps avant, mangé l’agneau pascal avec lui : je ne voudrais pas avoir pris part à cette action ; que le Galiléen soit ce qu’il voudra, au moins n’a-t-il pas livré son ami à la mort pour de l’argent ; vraiment ce misérable mériterait aussi la potence.

Alors l’angoisse, le remords trop tardif et le désespoir luttaient dans l’âme de Judas. Satan le poussa à s’enfuir en courant. Le faisceau des trente pièces d’argent, suspendu à sa ceinture, était pour lui comme un éperon de l’enfer, il le prit dans sa main pour l’empêcher de le frapper ainsi dans sa course, il courait en toute hâte, non pas après le cortège pour se jeter aux pieds de Jésus et demander son pardon au Rédempteur miséricordieux, non pour mourir avec lui, non pour confesser, plein de repentir, sa faute devant Dieu, mais pour rejeter loin de lui, en face des hommes, son crime et le prix de sa trahison.

Reprenez votre argent !

Il courut comme un insensé jusque dans le Temple où plusieurs membres du conseil s’étaient rendus après le jugement de Jésus. Ils se regardèrent avec étonnement ; puis, avec un sourire de mépris, ils fixèrent leurs regards hautains sur Judas qui tout hors de lui, arracha de sa ceinture les trente pièces d’argent, et, les leurs présentant de la main droite, dit dans un violent désespoir : reprenez votre argent avec lequel vous m’avez entraîné à vous livrer le juste : reprenez votre argent, délivrez Jésus, je romps notre pacte : j’ai péché grièvement, car j’ai livré le sang innocent.

Mais les prêtres lui témoignèrent tout leur mépris : ils retirèrent leurs mains de l’argent qu’il leur tendait, comme pour ne pas se souille : en touchant la récompense du traître, et lui dirent : Que nous importe que tu aies péché ! si tu crois avoir vendu le sang innocent, c’est ton affaire : nous savons ce que nous avons acheté, et nous l’avons trouvé digne de mort. Tu as ton argent : nous ne voulons plus en entendre parler, etc.
Ils lui tinrent ces discours du ton qu’on prend quand on veut se débarrasser d’un importun, et ils éloignèrent de lui.
A ces paroles, Judas fut saisi d’une telle rage et d’un tel désespoir qu’il était comme hors de lui : ses cheveux se dressaient sur sa tête : il déchira à deux mains la ceinture où étaient les pièces d’argent, les jeta dans le Temple et s’enfuit hors de la ville.

Judas en fuite.

Je le vis de nouveau courir comme un insensé dans la vallée d’Hinnom : Satan sous une forme horrible était à ses côtés, et lui soufflait à l’oreille, pour le porter au désespoir, toutes les malédictions des prophètes sur cette vallée où les Juifs autrefois avaient sacrifié leurs enfants aux idoles. Il semblait que toutes ces paroles le montrassent au doigt, comme : ils sortiront et verront le cadavre de ceux qui ont péché envers moi, dont le ver ne mourra point, dont le feu ne s’éteindra pas. Puis il répétait à ses oreilles : Caïn, où est Abel, ton frère ? Qu’as-tu fait ? Son sang crie vers moi, tu es maintenant maudit sur la terre, errant et fugitif.

Lorsqu’il arriva au torrent de Cédron, et vit le mont des Oliviers, il frissonna, détourna les yeux, et entendit de nouveau ces paroles : Mon ami, qu’as-tu fait ? Judas, tu trahis le Fils de l’homme par un baiser !
Il fut pénétré d’horreur jusqu’au fond de l’âme, sa raison commença à s’égarer, et l’ennemi lui souffla à l’oreille : C’est ici que David a passé le Cédron, fuyant devant Absalon : Absalon mourut pendu à un arbre ; (…)

Judas, livré à ces terribles pensées, arriva au sud-est de Jérusalem, au pied de la montagne des Scandales, en un lieu marécageux, plein de décombres et d’immondices, où personne ne pouvait le voir : le bruit de la ville arrivait de temps en temps jusqu’à lui avec plus de force, et Satan lui disait : Maintenant on le mène à la mort, tu l’as vendu, sais-tu ce qu’il y a dans la loi : Celui qui aura vendu une âme parmi ses frères les enfants d’Israël, et qui en aura reçu le prix, doit mourir de mort. Finis-en, misérable, finis-en !
Alors Judas, désespéré, prit sa ceinture et se pendit à un arbre qui croissait là dans un creux sortant de la terre en plusieurs tiges : lorsqu’il fut pendu, son corps creva et ses entrailles se répandirent sur la terre.

Le désespoir de Judas et sa mort par Maria Valtorta.

Extrait des Évangiles de Maria Valtorta : l’Évangile tel qu’il m’a été révélé
Judas jette la bourse à la figure de Caïphe.

(…) Puis le Christ passe, lié, frappé, et Judas tombe à la renverse comme s’il s’évanouissait. La foule le piétine sans pitié, et il ne réagit pas. Il doit préférer être piétiné par tout un monde plutôt que de rencontrer ce regard.
Quand la meute déicide est passée avec le Martyr et que le chemin est libre, il se relève et court au Temple. Il bouscule et renverse presque un garde placé à la porte de l’enceinte. D’autres gardes arrivent pour interdire l’entrée au forcené, mais lui, comme un taureau furieux, les écarte tous. L’un d’eux, qui s’accroche après lui pour l’empêcher de pénétrer dans la salle du Sanhédrin où ils sont tous encore rassemblés pour discuter, est saisi à la gorge, étranglé et jeté, sinon mort certainement moribond, en bas des trois marches.

« Votre argent, maudits, je n’en veux pas » crie-t-il debout au milieu de la salle, à l’endroit où était avant Jésus. On dirait un démon qui débouche de l’enfer. Ensanglanté, dépeigné, enflammé par le délire, la bave à la bouche, les mains comme des griffes, il crie et semble aboyer tant sa voix est perçante, rauque, hurlante.
« Votre argent, maudits, je n’en veux pas. Vous m’avez perdu. Vous m’avez fait commettre le plus grand péché. Comme vous, comme vous je suis maudit ! J’ai trahi le Sang innocent. Qu’ils retombent sur vous ce Sang et ma mort. Sur vous… Non ! Ah ! » Judas voit le pavé baigné de sang.
« Même ici, même ici, il y a du sang ? Partout ! Partout il y a son sang ! Mais combien de sang a l’Agneau de Dieu pour en couvrir ainsi la Terre et ne pas en mourir ? Et c’est moi qui l’ai répandu ! À votre instigation. Maudits ! Maudits ! Maudits pour l’éternité ! Malédiction à ces murs ! Malédiction à ce Temple profané ! Malédiction au Pontife déicide ! Malédiction aux prêtres indignes, aux faux docteurs, aux pharisiens hypocrites, aux juifs cruels, aux scribes sournois ! Malédiction à moi ! À moi, malédiction ! À moi ! Prenez votre argent et qu’il vous étrangle l’âme dans la gorge, comme à moi la corde »

Et il jette la bourse à la figure de Caïphe et s’en va en poussant un cri alors que les pièces résonnent en s’éparpillant sur le sol après avoir frappé, en la faisant saigner, la bouche de Caïphe.
Personne n’ose le retenir. Il sort. Il court à travers les chemins. Et fatalement il se trouve à rencontrer deux fois Jésus à l’aller et au retour de chez Hérode. (…)

Judas face à Marie.

Il sort. Il se trouve en face de Marie, debout à la porte de la pièce où Jésus l’a quittée. Elle, entendant du bruit, s’est montrée espérant peut-être voir Jean qui est absent depuis tant d’heures. Elle est pâle comme si elle avait perdu son sang. Elle a des yeux que la douleur rend encore plus semblables à ceux de son Fils. Judas rencontre ce regard qui le regarde avec la même connaissance affligée et consciente dont Jésus l’a regardé en route, et avec un « Oh ! » effrayé il s’adosse au mur.
« Judas ! dit Marie, Judas, qu’es-tu venu faire ? »
Les paroles mêmes de Jésus, et dites avec un amour douloureux. Judas s’en souvient et pousse un cri.
« Judas, répète Marie, qu’as-tu fait ? À tant d’amour tu as répondu en trahissant ? »

La voix de Marie est une caresse tremblante. Judas va s’échapper. Marie l’appelle d’une voix qui aurait dû convertir un démon. « Judas ! Judas ! Arrête-toi ! Arrête-toi ! Écoute ! Je te le dis en son Nom : repens-toi, Judas. Lui pardonne… » Mais Judas s’est enfui.  (…)

Judas en fuite à travers la campagne.

Judas s’enfuit. Il s’est enveloppé la tête dans les lambeaux de son manteau en laissant seulement une fente pour les yeux. Les gens, le peu de gens qui ne sont pas vers le Prétoire, l’évitent comme s’ils voyaient un fou. Et il semble tel.
Il erre à travers la campagne. Le vent apporte de temps à autre un écho de la clameur qui vient de la foule qui suit Jésus en Lui adressant des imprécations. Chaque fois qu’un pareil écho arrive à Judas, il hurle comme un chacal.

Je crois qu’il est réellement devenu fou car il cogne la tête rythmiquement contre les murets de pierre. Ou bien il est devenu hydrophobe parce que, quand il voit un liquide quelconque : eau, lait porté par un enfant dans un récipient, de l’huile qui coule d’une outre, il hurle, il hurle et crie : « Du sang ! Du sang ! Son Sang ! »
Il voudrait boire aux ruisseaux et aux fontaines. Il ne le peut car l’eau lui paraît du sang et il le dit : « C’est du sang ! C’est du sang ! Il me noie ! Il me brûle ! J’ai le feu ! Son Sang, qu’il m’a donné hier, est devenu du feu en moi ! Malédiction à moi et à Toi ! »

Il monte et descend les collines qui entourent Jérusalem. Et son œil, irrésistiblement, va au Golgotha. Et par deux fois il voit de loin le cortège qui monte en serpentant la côte, il regarde et pousse un cri.
Le voilà au sommet.
Judas aussi est au sommet d’une petite colline couverte d’oliviers. Il y est pénétré en ouvrant une fermeture rustique comme s’il en était le maître ou pour le moins très habitué. J’ai l’impression que Judas ne se souciait pas beaucoup de la propriété d’autrui. Debout sous un olivier à l’extrémité d’un talus, il regarde vers le Golgotha. Il voit se dresser les croix et il comprend que Jésus est crucifié. Il ne peut voir ou entendre, mais le délire ou un maléfice de Satan lui font voir et entendre comme s’il était au sommet du Calvaire.

Il regarde, regarde comme halluciné. Il se débat : « Non ! Non ! Ne me regarde pas ! Ne me parle pas ! Je ne le supporte pas. Meurs, meurs, maudit ! Que la mort ferme ces yeux qui me font peur, cette bouche qui me maudit. Mais moi aussi je te maudis puisque tu ne m’as pas sauvé. »
Son visage est tellement hagard, qu’on ne peut le regarder. Deux filets de bave descendent de sa bouche hurlante. La joue mordue (par un chien) est livide et enflée et fait paraître son visage déformé. Les cheveux collés, sa barbe très noire qui a poussé sur ses joues en ces heures, mettent un bâillon lugubre sur ses joues et son menton. Les yeux, ensuite !… Ils roulent, ils louchent, ils sont phosphorescents. Des yeux de démon.

La pendaison de Judas.

Il arrache de sa taille le cordon de grosse laine rouge qui la ceint de trois tours. Il en éprouve la solidité en l’enroulant autour d’un olivier et en tirant de toutes ses forces. Il résiste. Il est solide.
Il choisit un olivier qui se prête à ce qu’il veut faire. Voilà. Celui qui penche au-delà du talus, avec sa chevelure en désordre, va bien.
Il monte sur l’arbre. Il assure solidement un nœud coulant à une branche des plus robustes et qui pend sur le vide. Il a déjà fait le nœud coulant. Il regarde une dernière fois vers le Golgotha, puis il enfile la tête dans le nœud coulant. Maintenant il paraît avoir deux colliers rouges à la base du cou. Il s’assoit sur le talus puis d’un coup se laisse glisser dans le vide.

Le nœud le serre. Il se débat quelques minutes. Ses yeux chavirent, l’asphyxie le rend noir, il ouvre la bouche, les veines du cou se gonflent et deviennent noires. Il envoie quatre ou cinq coups de pieds dans l’air, dans les dernières convulsions. Puis la bouche s’ouvre et la langue pend noire et baveuse, les globes oculaires ouverts sortent de la tête montrant le blanc de l’œil injecté de sang, l’iris disparaît vers le haut. Il est mort. Le vent fort, qui s’est levé avant l’orage imminent, balance le macabre pendule et le fait tourner comme une horrible araignée suspendue au fil de sa toile.
La vision finit et j’espère arriver à oublier bientôt tout ceci car je vous assure que c’est une vision horrible.

Chapitres complémentaires :
Le pharisien Elchias : L’initiateur du complot contre Jésus.
La Passion

Les préparatifs de l’arrestation.

Les motivations de Judas.

(…) Judas ne s’attendait pas à ce que sa trahison eut les conséquences dont elle fut suivie. Il voulait mériter la récompense promise et se rendre agréable aux Pharisiens en leur livrant Jésus ; mais il ne pensait pas au résultat qui devait être la condamnation et le crucifiement du Sauveur. ses vues n’allaient pas jusque-là. L’argent seul préoccupait son esprit, et depuis longtemps il s’était mis en relation avec quelques Pharisiens et quelques Sadducéens rusés qui l’excitaient a la trahison en le flattant.

Il était las de la vie fatigante, errante et persécutée que menaient les apôtres. Dans les derniers mois il n’avait cessé de voler les aumônes dont il était dépositaire, et sa cupidité, irritée par la libéralité de Madeleine lorsqu’elle versa des parfums sur Jésus, le poussa au dernier des crimes.
Il avait toujours espéré un royaume temporel de Jésus et un emploi brillant et lucratif dans ce royaume, ne le voyant pas paraître, il cherchait à amasser une fortune.

Il voyait les peines et les persécutions s’accroître, et il pensait à se mettre bien avec les puissants ennemis du Sauveur avant l’approche du danger ; car il voyait que Jésus ne devenait pas roi, tandis que la dignité du grand prêtre et l’importance de ses affidés faisaient une vive impression sur lui.

Le début des négociations.

Il se rapprochait de plus en plus de leurs agents qui le flattaient sans cesse et lui disaient d’un ton très assuré que, dans tous les cas, on en finirait bientôt avec Jésus. Récemment encore, ils étaient venus le trouver plusieurs fois à Béthanie. Il s’enfonça de plus en plus dans ses pensées criminelles, et il avait multiplié ses courses, dans les derniers jours, pour décider les princes des prêtres à agir.

Ceux-ci ne voulaient pas encore commencer, et ils le traitèrent avec mépris. Ils disaient qu’il n’y avait pas assez de temps avant la fête, que cela y mettrait du désordre et du trouble. Le Sanhédrin seul donna quelque attention aux propositions de Judas.

Après la réception sacrilège du Sacrement, Satan s’empara tout à fait de lui et il partit pour achever son crime. Il chercha d’abord les négociateurs qui l’avaient toujours flatté jusque-là, et qui l’accueillirent encore avec une amitié feinte. Il en vint d’autres, parmi lesquels Caïphe et Anne, ce dernier, toutefois, prit avec lui un ton hautain et moqueur. On était irrésolu, et on ne comptait pas sur le succès, parce qu’on ne se fiait pas à Judas.

Les forces du mal divisées.

Je vis l’empire infernal divisé : Satan voulait le crime des Juifs, il désirait la mort de Jésus, le convertisseur, le saint docteur, le juste qu’il haïssait ; mais il éprouvait aussi je ne sais quelle crainte intérieure de la mort de cette innocente victime qui ne voulait pas se dérober à ses persécuteurs ; il lui portait envie de souffrir sans l’avoir mérité.
Je le vis donc, d’un côté, exciter la haine et la fureur des ennemis de Jésus, et, d’un autre côté, insinuer à quelques-uns d’entre eux que Judas était un coquin, un misérable, qu’on ne pourrait pas rendre le jugement avant la fête, ni réunir un nombre suffisant de témoins contre Jésus.

Chacun mettait en avant une proposition différente ; et entre autres choses, ils demandèrent à Judas : “Pourrons nous le prendre ? n’a-t-il pas des hommes armés avec lui ? ” Et le traître répondit : “Non, il est seul avec onze disciples ; lui-même est tout découragé et les onze sont des hommes peureux« .

Judas presse les Pharisiens d’agir

Il leur dit aussi qu’il fallait s’emparer de Jésus maintenant ou jamais, qu’une autre fois il ne pourrait plus le leur livrer, qu’il ne retournerait peut-être pas plus près de lui. Que depuis quelques jours les autres disciples et Jésus lui-même avaient évidemment des soupçons sur lui. Qu’ils semblaient se douter de ses menées, et qu’ils le tueraient sans doute s’il revenait à eux. Il leur dit encore que s’ils ne prenaient pas Jésus actuellement, il s’échapperait et reviendrait avec une armée de ses partisans pour se faire proclamer roi.

Les trente pièces d’argent.

Ces menaces de Judas firent effet. On revint à son avis, et il reçut le prix de sa trahison, les trente pièces d’argent. Ces pièces avaient la forme d’une langue. Elles étaient percées du côté arrondi et enfilées au moyen d’anneaux dans une espèce de chaîne et elles portaient certaines empreintes.

Judas, frappé du mépris et de la défiance qui perçaient dans leurs manières, fut poussé par l’orgueil à leur remettre cet argent pour l’offrir dans le Temple, afin de passer a leurs yeux pour un homme juste et désintéressé.
Mais ils s’y refusèrent parce que c’était le prix du sang qui ne pouvait être offert dans le Temple. Judas vit combien ils le méprisaient, et il en éprouva un profond ressentiment. Il ne s’était pas attendu à goûter les fruits amers de sa trahison avant même qu’elle fût accomplie ; mais il s’était tellement engagé avec ces hommes qu’il était entre leurs mains et ne pouvait plus s’en délivrer.

Le piège se referme.

Ils observaient de très près Judas et ne le laissèrent point partir qu’il n’eût exposé la marche à suivre pour s’emparer de Jésus. Trois Pharisiens l’accompagnèrent lorsqu’il descendit dans une salle où se trouvaient des soldats du Temple, qui n’étaient pas seulement des Juifs mais des israélites de toute nation.

Lorsque tout fut arrange et qu’on eût rassemblé le nombre de soldats nécessaire, Judas courut d’abord au Cénacle, accompagné d’un serviteur des Pharisiens, afin de leur faire savoir si Jésus y était encore, à cause de la facilité de le prendre là en s’emparant des portes. Il devait les prévenir par un messager.

Lire la suite du texte dans le chapitre sur : la Passion.

Chapitre complémentaire :
Le pharisien Elchias : L’initiateur du complot contre Jésus.

Judas explique qu’il ne croit plus à l’existence de l’Enfer.

Extrait des Évangiles de Maria Valtorta : l’Évangile tel qu’il m’a été révélé – Tome V – chapitre 46 « Jésus vers Gadara ».

(…) « Silence. Vous êtes comme des femmes qui se querellent. Vous avez tous tort et j’ai honte de vous » dit sévèrement Jésus. Il se fait un silence profond pendant qu’ils vont vers la ville sur la colline. Thomas rompt le silence en disant : « Quelle puanteur ! »

« Ce sont les sources. Ceci c’est le Yarmocet ces constructions ce sont les Thermes des romains. Plus loin, il y a une belle route toute pavée qui va à Gadara. Les romains veulent voyager dans de bonnes conditions. Gadara est une belle ville ! » dit Pierre.
« Elle sera encore plus belle parce qu’ici nous ne trouverons pas certains., êtres, du moins, en grand nombre » bougonne Mathieu entre ses dents.

Ils passent le pont sur le fleuve en respirant les odeurs désagréables des eaux sulfureuses. Ils rasent les Thermes en passant entre les véhicules romains et prennent une belle route qui a des pavés très larges et qui conduit à la ville en haut de la colline, superbe dans son enceinte.

Jean s’approche du Maître : « Est-ce vrai qu’à l’emplacement de ces eaux on a précipité autrefois un condamné dans les entrailles du sol ? Ma mère nous le disait, quand nous étions petits, pour nous faire comprendre que l’on ne doit pas pécher, sinon l’enfer s’ouvre sous les pieds de celui qui est maudit de Dieu, et l’engloutit. Et ensuite, pour le rappeler et comme avertissement, il reste des fissures par lesquelles sortent ces odeurs, cette chaleur et ces eaux infernales. J’aurais peur de m’y baigner… »

« Peur de quoi, mon enfant ? Tu n’en serais pas corrompu. Il est plus facile d’être corrompu par les hommes qui ont en eux l’enfer d’où émanent puanteurs et poisons. Mais ne se corrompent que ceux qui ont tendance à l’être d’eux-mêmes. »

« Pourrais-je en être corrompu, moi ? »
« Non. Même si tu étais dans une troupe de démons, non. »
« Pourquoi ? Qu’a-t-il de différent des autres, lui ? » demande tout de suite Judas de Kériot.
« Il a qu’il est pur à tous points de vue, et que par conséquent il voit Dieu » répond Jésus. Et Judas rit malignement.

C’est sans doute que je suis meilleur que les autres, plus parfait

Jean revient à sa question : « Alors ce ne sont pas des bouches de l’enfer ces sources ? »
« Non. Au contraire, ce sont de bonnes choses mises là par le Créateur pour ses enfants. L’enfer n’est pas renfermé dans la terre. Il est sur la terre, Jean. Dans le cœur des hommes. Et il se complète ailleurs. »

« Mais l’Enfer existe-t-il réellement ? » demande l’Iscariote.
« Mais que dis-tu ? » demandent ses compagnons scandalisés.
« Je dis : existe-t-il vraiment ? Moi, je n’y crois pas, et je ne suis pas le seul. »
« Païen ! » crient-ils avec horreur.
« Non. Israélite. Nous sommes nombreux en Israël à ne pas croire à cette blague. »

« Mais alors comment fais-tu pour croire au Paradis ? », « Et à la justice de Dieu ? », « Où mets-tu les pécheurs ? », « Comment expliques-tu Satan ? » crient-ils nombreux.

« Je dis ce que je pense. On m’a reproché, tout à l’heure, d’être un menteur. Je vous montre que je suis sincère, même si vous en êtes scandalisés et si cela me rend odieux à vos yeux. Du reste je ne suis pas le seul en Israël, depuis que Israël a fait des progrès dans le domaine de la science par ses relations avec les hellénistes et les romains, qui soit de cet avis.
Et le Maître, le seul dont je respecte le jugement, ne peut le reprocher ni à moi ni à Israël, Lui qui protège les grecs et les romains et en est ouvertement l’ami… Moi, je pars de ce concept philosophique : si tout est contrôlé par Dieu, tout ce qui est fait par nous est le fait de sa volonté, et par conséquent Il doit nous récompenser tous de la même façon puisque nous ne sommes que des automates mus par Lui.
Nous sommes des êtres privés de volonté. Le Maître le dit aussi : « La Volonté du Très-Haut. La Volonté du Père ». Voilà l’unique Volonté. Et elle est tellement infinie qu’elle écrase et anéantit la volonté limitée des créatures.

Par conséquent aussi bien le Bien que le Mal, qu’il semble que nous faisons, c’est Dieu qui le fait, car c’est Lui qui l’impose. Par conséquent, Il ne nous punira pas du mal et ainsi Il exercera sa justice parce que nos fautes ne sont pas volontaires mais imposées par Celui qui veut que nous les fassions pour qu’il y ait le Bien et le Mal sur la terre.

Celui qui est méchant sert pour l’expiation de ceux qui le sont moins. Et il souffre par lui-même de ne pouvoir être considéré comme bon et c’est ainsi qu’il expie sa part de faute. Jésus l’a dit. L’enfer est sur la terre et dans le cœur des hommes.
Satan, moi je ne le sens pas. Il n’existe pas. J’y croyais autrefois, mais depuis quelque temps, je suis sûr que tout cela c’est de la blague. Quand on en est persuadé, on arrive à la paix. »

Judas débite ces… théories avec un tel aplomb qu’il en coupe le souffle aux autres… Jésus se tait, et Judas le taquine : « N’ai-je pas raison, Maître ? »

« Non. » Et son « non » est tellement sec qu’il semble une explosion.

« Et pourtant moi… Satan, je ne le sens pas et je n’admets pas le libre arbitre, le Mal. Et tous les sadducéens sont avec moi, et avec moi il y en a beaucoup d’autres, d’Israël ou non. Non. Satan n’existe pas. »

Jésus le regarde, d’un regard qui est si complexe que l’on ne peut l’analyser. C’est le regard d’un Juge, d’un Médecin, de quelqu’un qui souffre, qui est stupéfait… c’est tout à la fois… Judas, désormais lancé, dit pour terminer : « C’est sans doute que je suis meilleur que les autres, plus parfait, que j’ai surmonté la terreur des hommes pour Satan. »

Et Jésus se tait. Et lui l’excite : « Mais parle ! Pourquoi n’en ai-je pas la terreur ? » Jésus se tait.
« Tu ne réponds pas, Maître ? Pourquoi ? As-tu peur ? »

« Non. Je suis la Charité. Et la Charité retient son jugement jusqu’à ce qu’elle soit obligée de le donner… Laisse-moi, et retire-toi » dit-il enfin parce que Judas essaye de l’embrasser, et il termine en un souffle, serré de force dans les bras du blasphémateur :
« Tu m’inspires du dégoût ! Satan, tu ne le vois ni ne le sens car il n’est qu’un avec toi. Va-t-en démon ! »

Judas, effronté, le baise et rit, comme si le Maître lui avait dit en secret quelque louange. Il revient vers les autres qui se sont arrêtés abasourdis, et il leur dit : « Vous voyez ? J’ai su ouvrir le cœur du Maître et je le rends heureux parce que je Lui montre ma confiance et j’en reçois une instruction. Vous, au contraire !… Vous n’osez jamais parler. C’est que vous êtes des orgueilleux. Oh ! Moi, j’apprendrai de Lui plus que tous. Et je pourrai parler…»

Ils sont arrivés aux portes de la ville. (…)