La piscine de Bethesda

L’eau se gonfle, s’agite, resplendit ! Quelle lumière ! L’Ange !

Extrait des Évangiles de Maria Valtorta. Tome 3

Jésus se trouve à Jérusalem et précisément aux environs de l’Antonia, Avec Lui sont tous les apôtres sauf l’Iscariote. Une grande foule se hâte vers le Temple. (…)

Jésus parle avec Marziam et avec Jean et va devant en donnant des aumônes. Il explique certainement à l’enfant beaucoup de choses car je vois qu’il lui indique tel et tel détail. Il se dirige vers l’extrémité des murs du Temple à l’angle nord-est. Là se trouve une foule nombreuse qui s’en va vers un endroit où il y a des portiques qui précèdent une porte que j’entends nommer « du Troupeau ».

« C’est la Probatique, la piscine de Béthesda. Maintenant, regarde bien l’eau. Tu vois comme elle est calme en ce moment ? D’ici peu tu verras qu’elle a une sorte de mouvement et qu’elle se soulève en touchant ce signe humide. Le vois-tu ? Alors l’Ange du Seigneur descend, l’eau sent sa présence et le vénère comme elle peut. L’Ange porte à l’eau l’ordre de guérir l’homme qui s’y plongera rapidement.

Vois-tu quelle foule ? Mais un trop grand nombre sont distraits et ne voient pas le premier mouvement de l’eau ; ou bien, sans pitié, les plus forts repoussent les plus faibles. On ne doit jamais se distraire en présence des signes de Dieu. Il faut garder l’âme toujours éveillée parce qu’on ne sait jamais quand Dieu se manifeste ou envoie son Ange. Et il ne faut jamais être égoïste, même pour raison de santé. Bien des fois, parce qu’ils sont restés à discuter sur celui qui touche le premier ou qui en a davantage besoin, ces malheureux manquent le bienfait de la venue de l’ange. » Jésus donne toutes ces explications à Marziam qui le regarde, les yeux grands ouverts, attentifs, et pendant ce temps surveille aussi l’eau.        

« Peut-on voir l’Ange ? Cela me plairait. »       
« Lévi, un berger de ton âge, le vit. Regarde bien toi aussi et sois prêt à le louer. »       

L’enfant ne se distrait plus. Ses yeux regardent alternativement l’eau et au-dessus de l’eau, et il n’entend plus rien, ne voit rien d’autre. Jésus, pendant ce temps, regarde ce petit peuple d’infirmes, d’aveugles, d’estropiés, de paralytiques, qui attendent. Les apôtres aussi observent attentivement. Le soleil produit des jeux de lumière sur l’eau et envahit royalement les cinq rangées de portiques qui entourent les piscines.     

Une lueur éblouissante pendant un instant.

« Voilà, voilà ! » s’écrit Marziam. « L’eau se gonfle, s’agite, resplendit ! Quelle lumière ! L’Ange ! »… et l’enfant s’agenouille.

En effet, pendant le mouvement du liquide dans le bassin, ce liquide semble augmenter de volume par un flot subit et immense qui le gonfle et l’élève vers le bord. L’eau resplendit comme un miroir au soleil. Une lueur éblouissante pendant un instant. Un boiteux se plonge rapidement dans l’eau pour en sortir peu après, avec sa jambe, déjà marquée d’une grande cicatrice, parfaitement guérie.     

Les autres se plaignent et se disputent avec l’homme guéri. Ils lui disent qu’enfin lui pouvait encore travailler, mais pas eux. Et la dispute se prolonge.       

Jésus regarde tout autour et voit sur un grabat un paralytique qui pleure doucement. Il s’en approche, se penche et le caresse en lui demandant : « Tu pleures ? »     

« Oui. Personne ne pense jamais à moi. Je reste ici, je reste ici, tous guérissent, moi, jamais. Cela fait trente-huit ans que je suis sur le dos. J’ai tout dépensé, les miens sont morts, maintenant je suis à charge à un parent éloigné qui me porte ici le matin et me reprend le soir… Mais comme cela lui pèse de le faire ! Oh ! Je voudrais mourir ! »       

« Ne te désole pas. Tu as eu tant de patience et de foi ! Dieu t’exaucera » 

« Je l’espère… mais il me vient des moments de découragement. Toi, tu es bon, mais les autres… Celui qui est guéri pourrait par reconnaissance pour Dieu rester ici pour secourir les pauvres frères … »

« Ils devraient le faire, en effet. Mais n’aie pas de rancœur. Ils n’y pensent pas, ce n’est pas de la mauvaise volonté. C’est la joie de la guérison qui les rend égoïstes. Pardonne-leur … »      

« Tu es bon, toi. Tu n’agirais pas ainsi. Moi, j’essaie de me traîner avec les mains jusque-là, lorsque l’eau du bassin s’agite. Mais toujours un autre me passe devant et je ne puis rester près du bord, on me piétinerait. Et même si je restais là, qui m’aiderait à descendre ? Si je t’avais vu plus tôt, je te l’aurais demandé … »        

« Veux-tu vraiment guérir ? Alors, lève-toi, prends ton lit et marche ! »   

Jésus s’est redressé pour donner son ordre et il semble qu’en se relevant il relève aussi le paralytique, qui-se met debout et puis fait un, deux, trois pas, comme s’il n’y croyait pas, derrière Jésus qui s’en va, et comme il marche vraiment, il pousse un cri qui fait retourner tout le monde.

« Mais, qui es-tu ? Au nom de Dieu, dis-le-moi ! L’Ange du Seigneur, peut-être ? »       
« Je suis plus qu’un ange, Mon nom est Pitié. Va en paix. » 

Tous se rassemblent. Ils veulent voir. Ils veulent parler. Ils veulent guérir. Mais les gardes du Temple accourent. Je crois qu’ils surveillent aussi la piscine et ils dispersent par des menaces cette assemblée bruyante.      

Le paralytique prend son brancard – deux barres montées sur deux paires de roues et une toile usée clouée sur les barres – et il s’en va heureux en criant à Jésus : « Je te retrouverai. Je n’oublierai pas ton nom et ton visage. »       

Jésus, en se mêlant à la foule, s’en va d’un autre côté, vers les murs. Mais il n’a pas encore dépassé le dernier portique qu’arrivent, comme s’ils étaient poussés par une rafale de vent, un groupe de juifs des pires castes, tout enflammés par le désir de dire des insolences à Jésus. Ils cherchent, regardent, scrutent. Mais ils n’arrivent pas à bien comprendre de qui il s’agit, et Jésus s’en va alors que ceux-ci, déçus, d’après les renseignements des gardiens, assaillent le pauvre paralytique guéri et heureux et lui font des reproches : « Pourquoi emportes-tu ce lit ? C’est le sabbat. Cela ne t’est pas permis. »

L’homme les regarde et dit : « Moi, je ne sais rien. Je sais que celui qui m’a guéri m’a dit : « Prends ton lit et marche ». Voilà ce que je sais. » 

« C’est sûrement un démon car il t’a ordonné de violer le sabbat. Comment était-il ? Qui était-ce ? Un juif ? Un galiléen ? Un prosélyte ? »      

« Je ne sais pas. Il était ici. Il m’a vu pleurer et s’est approché de moi. Il m’a parlé. Il m’a guéri. Il s’en est allé en tenant un enfant par la main. Je crois que c’est son fils, car il peut bien avoir un fils de cet âge. »         

« Un enfant ? Alors ce n’est pas Lui !… Comment a-t-il dit qu’il s’appelait ? Ne le lui as-tu pas demandé ? Ne mens pas ! »    

« Il m’a dit qu’il s’appelait Pitié. »          
« Tu es un imbécile ! Ce n’est pas un nom, cela ! » L’homme hausse les épaules et s’en va. 
Les autres disent : « C’était sûrement Lui. Les scribes Ania et Zachée l’ont vu au Temple. »         
« Mais Lui n’a pas d’enfants ! »  
« Et pourtant c’est Lui. Il était avec ses disciples. »    
« Mais Judas n’y était pas. C’est celui que nous connaissons bien. Les autres… peuvent être des gens quelconques. » 
« Non, c’étaient eux. »       
Et la discussion continue alors que les portiques se remplissent de malades…       

Jésus rentre dans le Temple par un autre côté, du côté ouest qui est celui qui est davantage en face de la ville. Les apôtres le suivent.  

Autres chapitres :
Carte de la Palestine à l’époque de Jésus
Les marchands du Temple et les finances mondiales
Le Temple de Jérusalem

Certains malades pieux virent un Ange descendre du Ciel et agiter l’eau.

Extrait des Évangiles d’Anne Catherine Emmerich – Tome 4

Ce matin je vis Jésus aller à Jérusalem avec les disciples et entrer chez Jeanne Chusa. Marthe et Madeleine n’étaient pas à Jérusalem. Vers dix heures du matin, je vis Jésus dans le temple avec les disciples. Il enseigna et lut le livre de la loi du haut d’une chaire placée dans le parvis des femmes. Sa doctrine et sa sagesse excitèrent l’admiration générale. Il n’y avait là personne qui cherchât à l’empêcher de parler ou qui lui adressât des objections.
Parmi les prêtres présents, les uns le connaissaient à peine, les autres qui le connaissaient ne lui étaient pas contraires : ses principaux ennemis, les Pharisiens et les Sadducéens, étaient pour la plupart en voyage. Il y avait bien encore quelques espions, mais sans importance. Il enseigna jusqu’à l’après-midi, après quoi ils allèrent prendre un petit repas dans la maison de Jeanne Chusa.

A la piscine de Bethesda

Vers trois heures. Jésus accompagné de quelques disciples, alla à la piscine de Bethesda. Il entra à l’extrémité la plus éloignée du centre par une porte qui était toujours fermée et dont on ne se servait plus. C’étaient là qu’étaient relégués les malades les plus pauvres et les plus délaissés : tout près de cette porte, à l’angle le plus reculé, était confiné un homme qui était paralytique depuis trente-huit ans : il était couché dans l’une des chambres assignées aux hommes.

Lorsque Jésus arriva à la porte fermée, il y frappa et elle s’ouvrit devant lui. Il passa devant les malades et descendit jusqu’aux degrés qui conduisaient à la piscine et où étaient assis et couchés des malades de toute espèce. Il y donna des enseignements à ces malades et les disciples distribuèrent aux plus pauvres du pain, des vêtements, des couvertures et du linge que les saintes femmes leur avaient donnés. Ces consolations et ces offices charitables étaient quelque chose de tout nouveau pour ces malades qui gisaient là, laissés à eux-mêmes ou à leurs serviteurs : ils furent extrêmement touchés.

Jésus en guérit plusieurs, notamment des aveugles.

Quand Jésus les eut enseignés, ce qu’il fit en divers endroits, il demanda à plusieurs d’entre eux s’ils croyaient que Dieu pouvait les secourir, s’ils désiraient être guéris, et s’ils voulaient se repentir de leurs péchés, faire pénitence et recevoir le baptême. Comme il avait dit à plusieurs de quels péchés ils s’étaient rendus coupables, ils furent très troublés et lui dirent : « Maître, vous êtes un prophète ! c’est vous sans doute qui êtes Jean ! » Car la mort du précurseur n’était pas encore généralement connue, et même dans plusieurs endroits le bruit courait qu’il avait été remis en liberté.
Mais Jésus leur dit en termes généraux qui il était et en guérit plusieurs, notamment des aveugles : il leur ordonna de se laver les yeux avec de l’eau de la piscine à laquelle il mêla de l’huile et leur dit de retourner tranquillement chez eux et de ne pas parler de ce qui leur était arrivé jusqu’après le sabbat. Les disciples opérèrent aussi des guérisons dans d’autres endroits : mais il fut enjoint à tous de se laver dans la piscine.

L’homme malade depuis trente-huit ans.

Comme plusieurs de ces malades guéris avaient attiré sur eux l’attention générale par l’empressement avec lequel les uns et les autres couraient de divers côtés à la piscine pour s’y laver, Jésus, accompagné des disciples, revint à cette issue écartée dont il a été question, et il arriva à l’endroit où était couché l’homme malade depuis trente-huit ans.
C’était un jardinier, un de ceux que je vois souvent travailler aux haies ; il s’était aussi occupé autrefois de la culture des baumiers. Mais il était depuis si longtemps malade et sans secours qu’il se trouvait dans la plus extrême détresse, n’ayant de ressource que la mendicité et se nourrissant des restes des autres malades.

Comme il était là gisant depuis nombre d’années, il était connu de tout le monde sous le nom du malade incurable. Jésus lui ayant demandé s’il voulait recouvrer la santé, cet homme qui n’avait pas l’idée que Jésus voulût le guérir, crut qu’il lui demandait seulement en termes généraux pourquoi il restait couché là ; il répondit qu’il n’avait personne pour venir à son secours, pas de serviteur ni d’ami qui pût l’aider à descendre dans la piscine quand l’eau était agitée, et qu’avant qu’il eût pu se tramer jusque-là, d’autres le prévenaient et occupaient les marches des escaliers qui y conduisaient.

Jésus s’entretint quelque temps avec lui, lui mit ses péchés devant les yeux, excita son repentir et lui dit qu’il ne devait plus vivre dans l’impureté ni blasphémer contre le temple, car c’était par là qu’autrefois il s’était attiré le châtiment qui l’avait frappé. Il lui dit aussi que Dieu accueillait tous ceux qui revenaient à lui et secourait quiconque se tournait vers lui avec un repentir sincère.
Ce pauvre homme qui n’avait jamais rencontré personne pour le consoler, qui croupissait dans sa misère invétérée et qui murmurait souvent de ce que personne ne venait à son secours, fut profondément touché de ces paroles du Seigneur : alors Jésus lui dit : « Levez-vous, prenez votre lit et marchez » !

Toutefois, ce n’est là que le résumé de ce que lui dit Jésus, car il lui commanda aussi de descendre à la piscine pour s’y laver ; il avait dit en outre à un disciple qui se trouvait là, de conduire cet homme à l’une des petites habitations disposées pour recevoir des pauvres par les soins des amis de Jésus et attenantes au cénacle de la montagne de Sion où Joseph d’Arimathie avait son atelier de sculpteur.

Cet homme qui, l’instant d’auparavant, était complètement paralytique et affligé en outre d’un mal impur au visage, ramassa son grabat en lambeaux, descendit parfaitement guéri à la piscine et s’y lava : il était si joyeux et si empressé qu’il avait failli oublier son lit.

Le sabbat était déjà commencé, et Jésus, accompagne de Jean, sortit sans être remarqué par la porte voisine de l’endroit où se tenaient les malades. Le disciple chargé de guider le paralytique prit les devants pour l’annoncer, car cet homme connaissait l’endroit où il avait à se rendre. Lorsqu’il sortit des bâtiments qui entouraient la piscine de Bethesda, quelques Juifs voyant qu’il était guéri, crurent que c’était l’effet de la grâce attachée à la piscine et ils lui dirent : « Ne sais-tu pas que c’est jour de sabbat et que tu ne dois pas porter ton lit » ?
Il leur répondit : « Celui qui m’a guéri m’a dit de me lever, de prendre mon lit et de marcher ». Alors ils lui demandèrent quel était l’homme qui lui avait dit cela ; mais il ne sut pas le leur dire, car il ne connaissait pas Jésus et ne l’avait jamais vu auparavant. Jésus était déjà parti et les disciples aussi.

On lit à la vérité dans le récit que l’Évangile fait de ce miracle (Jean, V, 15, etc.) que cet homme voyant Jésus dans le temple, le désigna comme celui qui l’avait guéri et que Jésus eut à ce propos une dispute avec les Pharisiens et les Sadducéens touchant les guérisons opérées le jour du sabbat ; mais cela n’arriva qu’à une autre fête, quoique saint Jean ait fait du tout un seul récit. C’est ainsi que la chose m’a été positivement expliquée.

A cette époque l’eau ne s’agitait plus que rarement.

Cependant après que Jésus eut quitté Jérusalem, ces Juifs qui avaient reproché au malade guéri de porter son lit le jour du sabbat, répandirent la nouvelle de la guérison de cet homme que beaucoup de gens connaissaient et tenaient pour incurable, et la chose fit grand bruit.
On ne fit pas grande attention aux autres malades que le Sauveur et ses disciples avaient guéris près de la piscine de Bethesda, parce qu’on attribua leur guérison à la vertu miraculeuse des eaux de la piscine : elle n’avait pas eu lieu le jour du sabbat et d’ailleurs l’on n’avait pas vu Jésus entrer ni sortir par les portes où se tenaient les gardiens ou les surveillants de la piscine. En outre, peu de gens s’étaient trouvés alors dans l’enceinte des bâtiments attenant à la piscine, si l’on excepte les pauvres malades qui restaient couchés dans les cellules pratiquées dans les murs.

Ceux qui avaient de l’aisance s’étaient pour la plupart déjà fait reconduire dans leurs maisons, car à cette époque l’eau ne s’agitait plus que rarement et cela n’arrivait guère qu’au lever du soleil : c’était donc avant l’aurore que ceux qui avaient des serviteurs se faisaient porter là. Du reste on ne recourait plus guère à ce moyen de guérison et une partie des murs de l’établissement était en assez mauvais état. Il n’y venait plus la plupart du temps que des gens animés d’une fois vive, comme ceux qui chez nous fréquentent les lieux de pèlerinage.

La vertu miraculeuse de la piscine s’était manifestée, lorsque le feu sacré y eut été déposé.

Cet étang était celui où Néhémie avait enfoui le feu sacré : une pièce de bois qui avait servi à le recouvrir avait été plus tard jetée au rebut et elle entra dans la construction de la croix de Jésus-Christ. La vertu miraculeuse de la piscine s’était manifestée, lorsque le feu sacré y eut été déposé.
Dans les premiers temps, certains malades pieux et doués de l’esprit de prophétie virent un ange descendre du ciel et agiter l’eau. Plus tard cela ne fut plus visible que pour un petit nombre ou même pour personne, et enfin l’esprit du temps devint tel que ceux qui voyaient encore quelque chose se gardaient bien d’en parler : toutefois un grand nombre voyait toujours l’eau s’agiter et bouillonner. Cette piscine servit de baptistère aux apôtres après la descente du Saint-Esprit et la piscine elle-même avec l’ange qui la remuait était une figure mystérieuse et symbolique du sacrement de baptême en même temps que l’agneau pascal était la figure prophétique de la sainte croix et de la mort du rédempteur.