La Sainte Maison de Lorette

(Extrait du site Wikipédia). La cité s’est développée autour de la basilique qui abrite la Santa Casa, c’est-à-dire la maison où naquit la Vierge Marie, où elle vécut et reçut l’Annonciation de la naissance miraculeuse de Jésus.

D’après une légende, quand Nazareth (où se trouvait la maison de Marie), fut sur le point d’être conquise par les Musulmans, un cortège d’anges souleva la maison au cours de la nuit du 9 au 10 décembre 1294, et la transporta au-delà des mers à Loreto en cette seule nuit. Pour cette raison, la Vierge de Lorette fut plus tard adoptée comme patronne par les aviateurs. (…)

Elle fut emportée par les anges et aboutit à Loreto en Italie

Messages de Notre Seigneur Jésus-Christ pour le monde du XXIe siècle.
Soeur Beghe – Lire le message en entier – Lundi 27 avril 2020

(…) Je demeurais alors à Capharnaüm qui fut Ma ville de choix et où Je résidais. Par la suite, elle fut détruite comme tout ce qui Me touchait dans l’ordre temporel. Je conservais la maison de Ma Mère, dans laquelle elle conçut le Verbe de Dieu fait homme, en la protégeant de la démolition des sauvages ; elle fut emportée par les anges et aboutit à Loreto en Italie.
La grotte elle-même contre laquelle était adossée cette maison demeura à Nazareth où elle est vénérée.

C’est ainsi qu’en Ma terre natale, la conservation des lieux qui Me virent naître, prêcher et mourir, sont un grand bienfait pour Mes fidèles car ces lieux sont le vif témoignage de la présence exceptionnelle de Dieu, Jésus-Christ, sur la terre.

Je passais donc les années de Ma vie publique à prêcher, à guérir, à enseigner et à élever les âmes dans la connaissance de Dieu. J’instaurais les bases de la doctrine de la foi catholique, laquelle fut étudiée et définie par le magistère de la Sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine. Elle est fondée sur la colonne de l’Autorité qui descend du Ciel vers la terre, la hiérarchie ecclésiastique, elle-même dévolue à transmettre et faire vivre l’enseignement de Jésus-Christ.

Bienvenue dans la maison où j’habitais lorsque je vivais à Nazareth

Un témoignage du Père Doucette (Canada) – du Samedi 7 mai 2011, en pèlerinage dans la région. San Giovanni Rotondo, Italie.

(…) Peu après la Messe, nous remontions à bord de nos autocars, direction Loreto, petite ville située près de la côte Adriatique. En entrant dans l’immense église, nous avons vu à gauche de l’autel une construction de pierre : la maison de Nazareth, celle où vécurent Jésus, Marie et Joseph. (…) On dit que ce sont des anges qui la transportèrent à Loreto. Je suis resté environ une heure en prière dans cette sainte maison.

Notre Sainte Mère m’y a parlé en ces termes :

Melvin, mon fils, bienvenue dans la maison où j’habitais lorsque je vivais à Nazareth. C’était également la maison de Joseph et c’est ici que mon Fils Jésus a grandi. (…)

La Translation de Lorette (1291)

Texte tiré du livre: Les Apparitions de la Vierge – Leur histoire, Annette Colin-Simard, Éditions Fayard/Mame (1981)

Nous nous attachons dans ce livre à décrire les apparitions de Marie au cours des siècles telles que les ont vécues les témoins. Dans ce chapitre, il ne s’agit pas à proprement parler de sa matérialisation devant les yeux des hommes, mais d’un prodige extraordinaire lui étant entièrement attribué. Il entre donc dans notre relation, accompagné, de plus, de preuves infiniment troublantes. Bref, nous voulons parler du mystérieux transport entre la Galilée et l’Italie de la maisonnette de Marie, celle-là même où se déroulèrent l’enfance et la jeunesse de Jésus de Nazareth. Un événement si déroutant que près de sept siècles plus tard, même armés de toute notre technologie, nous serions incapables de le faire se répéter.

À la quête des Lieux saints, le visiteur qui se rend aujourd’hui en Galilée, à Nazareth, cherchant à remettre ses pas dans ceux du Christ pendant son enfance, se trouve face non pas à une humble maison mais à une immense basilique construite de bric et de broc. La raison en est que plusieurs dizaines de nations ont apporté leur contribution pour l’élever, sans s’accorder sur le style. Dans la partie souterraine, creusée dans le roc, on y montre ce qui est appelé la chambre de Marie. S’il y eut trace autrefois d’une construction quelconque qui complétait cette pièce troglodyte, elle est ensevelie aujourd’hui sous les fondations de la basilique.

La maison de Nazareth proprement dite apparaît, dès les premiers siècles, dans la tradition de l’Église. Après avoir rencontré le Christ ressuscité sur la montagne (Évangile de saint Mathieu), les Apôtres se seraient réunis dans la maison de Nazareth, où saint Pierre aurait érigé un autel après avoir rompu le pain et bu le vin, comme le Christ l’avait enseigné. Si l’on préfère, la maison de Nazareth aurait été le site de la première messe.

Cependant cette demeure n’apparaît vraiment dans l’histoire qu’au tout début du IVe siècle. En 313 de notre ère, l’empereur romain Constantin – qui laissera son nom à Byzance, devenue depuis Istanbul – autorise le libre exercice du christianisme dans l’Empire romain. On se souviendra à ce propos qu’il fut l’initiateur du concile de Nicée (325), le premier de tous les conciles œcuméniques.

La conversion au christianisme de Constantin avait pu avoir lieu grâce à Hélène (devenue sainte Hélène), la mère de l’empereur. Dès que la religion chrétienne fut autorisée, elle n’eut de cesse que les sanctuaires de la Palestine fussent préservés et honorés. Les auteurs des premiers siècles l’attestent: elle fit construire des basiliques aussi bien sur le lieu de la crucifixion, sur le Tombeau, à Bethléem et à Nazareth. Saint Paulin de Nole écrit: «L’impératrice demanda à son fils l’autorisation de purifier des souillures du paganisme et de rendre à la vraie religion tous les lieux marqués par le passage et signalés par les bienfaits du Sauveur, afin que l’Église pût jouir enfin de sa gloire au lieu même de son origine. Constantin se rendit à ses désirs et lui ouvrit ses trésors, qu’elle épuisa par de saints travaux. Elle couvrit de basiliques tous les lieux où notre Seigneur et Sauveur avait accompli les mystères de notre salut  et de son amour, son Incarnation, sa Passion, sa Résurrection, son Ascension.»

Il ne faut pas croire que nos lointains ancêtres européens ne voyageaient pas. Aux VIe, VIIe, VIIIe siècles, d’innombrables pèlerins se rendaient sur l’emplacement des lieux saints. Ainsi le bénédictin anglais Bède le Vénérable, ou l’évêque des Gaules Arculfe, noms presque oubliés qui attestent de l’existence de la basilique constantinienne recouvrant, en son entier, la maison de Nazareth. Dès le VIIIe siècle les Musulmans qui occupaient la Palestine avaient trouvé le moyen de tirer de l’argent des chrétiens. En menaçant de détruire l’église de Nazareth, ils soutiraient des espèces sonnantes et trébuchantes aux pèlerins. Ce trafic fit sans doute qu’elle subsista à travers les siècles. Un historien contemporain de saint François d’Assise raconte que ce dernier se rendit en Palestine en 1219 et «poussa jusqu’à Nazareth pour y vénérer cette maison où le Verbe du Père s’est fait homme».

Saint Louis visite la Sainte Maison

Nous nous trouvons à présent en pleine période des croisades. Trente-trois ans après François d’Assise, voici un autre pèlerin illustre. Saint Louis, fait prisonnier au cours de la bataille de Mansourah, par le sultan d’Égypte, formule le vœu, s’il est libéré de ses chaînes, de se rendre en pèlerinage à Nazareth. Délivré, il tiendra sa promesse le 25 mars 1252, jour de l’Annonciation. Le Dominicain Geoffroy de Beaujeu, son confesseur, le rapporte :

J’aurais tort ce me semble de ne pas raconter avec quelle humilité et quelle dévotion le pieux roi accomplit le pèlerinage qu’il avait entrepris de Saint-Jean-d’Acre à la sainte et religieuse cité de Nazareth. La veille de la fête de l’Annonciation, s’étant revêtu d’un cilice, il se rendit, de Séphora, patrie de saint Joachim et de sainte Anne, où il avait passé la nuit, à Cana en Galilée et, de là, sur le mont Thabor.
Le soir du même jour, il descendait à Nazareth. Du plus loin qu’il en aperçut le sanctuaire, il descendit de cheval, fléchit les genoux et adora dévotement. Il fit à pied le reste de la route, jusqu’à ce qu’il entre humblement dans la ville sainte et le lieu béni de l’Incarnation. Avec quelle ferveur il s’y comporta, avec quelle pompe et quelle gloire il fit célébrer les vêpres, les matines, la messe et  les autres cérémonies convenables à une si grande solennité, ceux-là peuvent l’attester qui en furent les témoins.

Plusieurs d’entre eux n’ont pas craint d’affirmer que, depuis le jour où le Fils de Dieu a pris en ce lieu même notre chair dans le sein de la glorieuse Vierge Marie, jamais il n’y avait été célébré d’office avec autant de solennité et de dévotion. En ce lieu même le pieux roi assista à une messe dite à l’autel de l’Incarnation et y reçut la sainte communion ; et le seigneur Odon, évêque de Tusculum, légat du Saint-Siège, chanta une grand-messe solennelle au maître-autel et prononça un touchant discours.

Treize ans après le passage de Saint Louis, en 1263, les Turcs abattaient la basilique de Nazareth, tout en conservant la maison qu’elle abritait. Pourquoi ne la détruisirent-ils pas elle-même? N’oublions ni le fait que Marie et son fils Jésus sont cités dans le Coran, ni que les Turcs comptaient sur la visite fructueuse de futurs pèlerins. Vingt-huit ans s’écouleraient encore jusqu’à ce début de mai 1291 qui vit le royaume des croisés s’effondrer définitivement, après les chutes de Tripoli et de Saint-Jean-d’Acre.

L’incroyable va se produire

Nous voici parvenus au point où l’incroyable va se produire. Donc, en ce début de mai 1291, les Infidèles – selon le terme qu’on utilisait au XIIIe siècle – se sont rendus maîtres complètement de la Terre sainte. Justement, en ce même début de mai, le 10 mai 1291 exactement, à deux mille kilomètres de Nazareth, sur la côte orientale de l’Adriatique, c’est-à-dire en face de l’Italie, des bûcherons découvrent sur la colline de Tersatto, non loin de Fiume (aujourd’hui la Rijeka de la Yougoslavie), une petite maison qu’ils n’avaient jamais vue dans ce lieu où, jusque-là, il n’y avait ni cabane ni maison.

Stupeur des bûcherons face à cette maisonnette inconnue, dont nous donnons ici les dimensions pour fixer les idées. Longueur: neuf mètres cinquante-deux centimètres. Largeur: quatre mètres, dix centimètres. Hauteur (à l’intérieur): quatre mètres trente centimètres.

Que contenait cette construction qui s’élevait au sommet d’une colline dont les pentes douces descendent vers la mer? Les bûcherons approchent en tremblant quelque peu. Ils entrouvrent la porte. Personne. Cependant, droit en face d’eux, ils distinguent un autel de pierre. Au-dessus, sur le mur, une croix grecque, c’est-à-dire ayant la forme de celles qui nous signalent les pharmacies. Sur cette croix, les traits du Christ et une inscription que de plus lettrés qu’eux déchiffrèrent plus tard: «Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.»

Sur l’autel, en bois, une statue de Marie portant son fils dont la main droite est levée pour bénir et la gauche tient un globe.

Ayant dompté leur crainte face à l’inconnu, les bûcherons explorent la grande pièce un peu plus avant. Curieusement, ce qui leur semble une chapelle contient un foyer noir de fumée, ce qui prouve qu’il a beaucoup servi. Non loin de cet âtre une armoire comme creusée dans le mur, et aussi des ustensiles de table. «Une chapelle qui a été habitée?» se demandent-ils.

À présent, ils discernent, sur les murs enduits, des peintures. La Vierge, entourée de saints orientaux, y trône. Mais un roi de l’Occident, chargé de chaînes, est lui aussi présent. Comment pourraient-ils deviner, ces obscurs bûcherons d’Illyrie, que cette peinture rappelle la visite de Saint Louis?

Vite, il leur faut rapporter à Tersatto, la paroisse près de Fiume qu’ils habitent, ces merveilles qu’ils viennent de découvrir.

Les voici dégringolant la colline et racontant à tout ceux qu’ils rencontrent ce qu’ils viennent de voir.

Bientôt, même les habitants de Fiume sont informés. Par petits groupes, des pèlerins montent vénérer Marie et ce qu’ils considèrent déjà comme sa maison. Un seul ne peut s’y rendre et se morfond: Don Alexandre de Giorgio, le curé de Tersatto. Depuis des semaines, gravement malade, il ne peut sortir de son lit et marcher. Mais il sait que dans l’affliction il faut prier. Le voici suppliant Marie. À peine a-t-il prononcé quelques mots qu’à son immense stupeur elle apparaît. Elle lui dit:

Mon fils, tu m’as appelée, et voici que je viens te donner un secours efficace et te révéler le secret que tu désires connaître. Sache donc que la Sainte Demeure récemment apportée sur ce territoire est la même maison dans laquelle je suis née et où j’ai été élevée dans ma première enfance. C’est là qu’à la salutation de l’Archange Gabriel je conçus le divin Enfant par l’opération du Saint Esprit. C’est là que le Verbe s’est fait chair! Les Apôtres consacrèrent cette Demeure  rendue grande par de si ineffables mystères, et ils y célébrèrent l’auguste sacrifice. L’autel est le même que l’Apôtre saint Pierre a consacré. La statue de cèdre est mon Image faite par saint Luc, qui vivait avec nous dans une douce intimité. Cette maison si aimée du ciel, et entourée d’honneurs pendant si longtemps en Galilée, a maintenant quitté la ville de Nazareth et elle est venue sur vos rivages. Dieu, à qui rien n’est impossible, est l’auteur de cette merveille. Afin que tu en sois toi-même le témoin et le prédicateur, reçois ta guérison. Ton retour subit à la santé au milieu d’une si longue maladie fera foi de ce prodige.

Ne nous arrêtons pas au style de ce discours, mais à son contenu. Il est douteux en effet qu’en 1291 Marie se soit exprimée comme on le faisait au XIXe siècle. Nous avons en effet extrait cette citation d’un docte ouvrage sur Lorette écrit en 1893 par Guillaume Garratt, maître des arts de l’université de Cambridge. Guillaume Garratt apporte des références très sérieuses au travail de recherche qu’il exécuta six cents ans après l’événement. C’est ainsi qu’il indique la source des documents qui prouvent l’existence en 1280 de la paroisse de Tersatto et de son curé Don Alexandre de Giorgio. Mais, en contrepartie, notre auteur affectionne un peu le langage fleuri du XIXe siècle.

Revenons à Don Giorgio, guéri, se hâtant vers la maison. Il va de soi que ses ouailles furent stupéfaites de le rencontrer fleurant la bonne santé et escaladant allègrement la colline.

Le seigneur de Tersatto était alors un guerrier renommé, le comte Nicolas Frangipani, ban, c’est-à-dire gouverneur, des trois provinces de Dalmatie, de Croatie, et enfin de l’Illyrie, où venaient de s’accomplir ces prodiges.

Envoi de délégués pour enquêter à Nazareth

On peut être guerrier, vivre en 1291, et posséder un esprit scientifique. Après avoir entendu le récit des bûcherons, celui du curé, et enfin avoir visité la maison, Nicolas Frangipani, cherchant des preuves, envoya en Galilée – un voyage d’environ deux mille kilomètres par mer – des délégués pour enquêter à Nazareth. Avant de partir, ces hommes, dont l’histoire a retenu les noms: Sigismond Orsich, Jean Gregoruzchi et Don Alexandre de Giorgio (notre curé) avaient relevé les dimensions de la maison et tous les détails susceptibles d’être examinés. Dès avant le retour de la mission, qui plusieurs mois plus tard confirma la conformité de la maison avec celle qui était autrefois à Nazareth, des pèlerins, de retour de Terre sainte, avaient raconté l’étonnement des musulmans devant la disparition soudaine de l’édifice sur lequel ils comptaient pour en tirer, comme ils le faisaient depuis des siècles, de confortables revenus.

Fortifié, par ces témoignages multiples, dans sa croyance que l’édifice était la maison de Nazareth, le sire de Frangipani l’honora au mieux et, de partout en Illyrie, les pèlerins affluèrent.

Qu’est-ce qui déplut à Marie dans le site qu’elle s’était choisi ? Nul ne le sait, et de surcroît la chronique ne l’a pas transmis. Mais l’énormité des phénomènes suivants est telle qu’elle abasourdit littéralement.

Une belle nuit de décembre 1294, le 10 du mois exactement, la maison de Nazareth disparaît de sa colline d’Illyrie. De l’autre côté de la mer Adriatique, des bergers d’Italie gardant leurs troupeaux aperçoivent dans le ciel une lumière éblouissante qui franchit les nuées. Au matin, dans des bois appartenant à une dame Lauretta, non loin de la petite cité italienne de Recanati proche de la côte méditerranéenne, on trouvera la maison de Nazareth. Bien vite, les habitants de Recanati seront alertés. Ils viendront visiter la chapelle mystérieuse et s’y recueillir. Mais les foules sont si nombreuses, le bois de la dame Lauretta si dense et propice à des coups fourrés que des brigands affluent et dévalisent à tour de bras les infortunés pèlerins. Voici qui déplaît singulièrement à la maison et à sa vraie propriétaire.

Huit mois après son arrivée, la maison de Nazareth se volatilise une fois de plus de nuit et on la retrouve à un kilomètre et demi de là dans un champ appartenant à deux frères, les comtes Étienne et Simon Rinaldi de Antici. Ce déplacement n’est pourtant pas le dernier. Bien sûr, les frères Antici sont fous de joie d’accueillir cette maison sainte. Mais, loin d’être saints eux-mêmes, ils sont infiniment cupides. Ils vont jusqu’à confisquer à leur profit les offrandes des pèlerins. De plus, l’appât du gain venant, une lutte fratricide les oppose quant à leur titre de propriété. Chacun de son côté part plaider sa cause auprès du pape Boniface VIII. La maison de Nazareth – qu’on nous pardonne d’en parler comme d’une personne – ne demande pas son reste. Une nuit de 1295, encore en décembre, elle se pose sur la route menant de Recanati à Porto Recanati, ce qui ne la gêne nullement puisqu’elle est sans fondations comme les témoins l’ont remarqué en Illyrie et pendant ses deux étapes précédentes en Italie. Étant donné son nouvel emplacement, les magistrats de Recanati sont obligés de détourner la route.

En ce XIIIe siècle dépourvu de communications comme les nôtres, les translations de la Maison de Nazareth firent néanmoins grand bruit. Chaque fois qu’elle déménageait elle gagnait sa renommée. L’information parvint même à Tersatto de l’autre côté de la mer Adriatique. Les habitants étaient si marris de la disparition de «leur» maison qu’ils organisèrent dès lors des pèlerinages réguliers. Quant au comte Frangipani, il fit édifier une chapelle de même dimension à l’emplacement qu’avait occupé la demeure sainte. Cette chapelle demeura inchangée jusqu’au XVIe siècle, époque à laquelle un descendant des Frangipani s’avisa d’être plus somptueux encore en l’entourant d’une grande église pour vénérer ce lieu qui avait été sanctifié par la Vierge.

La dernière halte de la maison de Lorette était la bonne. Près de sept siècles plus tard elle repose là, dans une basilique qui lui a été consacrée, où cinquante lumières brillent jour et nuit. Autour d’elle, au fil des siècles, toute une ville enserrée dans des remparts a poussé.

Envoi d’une deuxième commission d’enquête

Revenons en 1295. On aura remarqué que, se posant sur une route, la maison de Lorette avait choisi de ne plus dépendre d’un seul particulier mais d’une ville, celle de Recanati. Les magistrats de la petite bourgade se montrèrent aussi prudents que l’avait été le comte Frangipani. Apprenant par ouï-dire le prodige de la traversée de l’Adriatique, ils envoyèrent eux aussi une commission d’enquête de l’autre côté de la mer pour vérifier le fait. Composée de seize nobles et notables, les membres de la délégation, sélectionnés dans toute la province d’Ancône pour leur sérieux, se rendirent d’abord à Tersatto. Reçus par le comte Frangipani, ils apprirent les contrôles qu’il avait fait effectuer et purent lire sur la chapelle édifiée par celui-ci l’inscription suivante (elle y est toujours): «La Sainte Maison de la Bienheureuse Vierge Marie vint de Nazareth à Tersatto le 10 mai 1291 et se retira le 10 décembre 1294.»

Quittant Tersatto, la délégation – on admirera la hardiesse de ces voyageurs qui ne disposaient pas des facilités qui sont les nôtres – se rendit en Galilée. Les musulmans autorisèrent leur voyage à Nazareth comme ils l’avaient fait, quelques années plus tôt, pour les envoyés de Frangipani. Les résultats de l’enquête furent identiques: les dimensions étaient les mêmes que celles de la maison de Lorette, les pierres de fondation de la même nature que celle des murs de Lorette, enfin la date du départ de la maison pour l’Illyrie coïncidait avec celle de son arrivée chez le comte Frangipani.

Revenue à Recanati, la délégation fut fêtée comme il convient. Le peuple, comme les notables, se réjouissait d’avoir l’insigne honneur d’accueillir la vraie maison de la Vierge. Tout au long des siècles qui allaient s’écouler les murs saints seraient vénérés. Par milliers, les pèlerins apporteraient leur témoignage.

L’un de ceux qui ont écrit sur Lorette nous émeut particulièrement. Michel de Montaigne, le plus célèbre des Bordelais et des Périgourdins, se rendit à Lorette en 1580, l’année même où il publia ses célèbres Essais. Dans son Journal de voyage en Italie par la Suisse et l’Allemagne il décrit son arrivée. On en savourera le vieux français :

Nous sentions bien que nous étions en chemin de Lorette, tant ces chemins étaient pleins d’allants et venants et plusieurs non hommes particuliers seulement, mais compagnies de personnes riches, faisant le voyage à pied en pèlerins ; et aucunes avec une enseigne et puis un crucifix, qui marchait d’avant, et eux vêtus d’une livrée. Après-dîner nous suivîmes un pays tranchant, tantôt des plaines et aucunes rivières, et puis aucunes collines aisées, mais le tout très fertile et le chemin, pour la plupart, pavé de carreau couché de pointe.
Nous passâmes la ville de Recanati qui est une longue ville assise en haut et étendue suivant les plis et contours de la colline; et nous rendîmes au soir à Lorette, quinze milles.
C’est un petit village clos de murailles, et fortifié pour l’incursion des Turcs, assis sur un plan un peu relevé, regardant une très belle plaine, et de bien près la mer Adriatique ou golfe de Venise; si qu’ils disent, que, quand il fait beau, ils découvrent au-delà du golfe les montagnes de l’Esclavonie: c’est enfin une très belle assiette. Il n’y a quasi d’autres habitants que ceux du service de cette dévotion, comme hôtes, plusieurs, et plusieurs marchands, savoir est, vendeurs de cire, d’images, de patenostres, agnus Dei, de salvators et telles denrées, de quoi ils ont un grand nombre de boutiques et richement fournies. J’y laissai près de cinquante bons écus pour ma part. Les prêtres, gens d’église et collège de jésuites, tout cela est rassemblé en un grand palais qui n’est pas entier où loge aussi un gouverneur homme d’église à qui on s’adresse pour toutes choses sous l’autorité du légat du pape.
Le lieu de la dévotion, c’est une petite maisonnette fort vieille et chétive, bâtie de briques (1) plus longue que large.

(1) La pierre des murs intérieurs est si ocre qu’elle évoque des briques bien qu’il s’agisse de blocs de calcaire.


À sa tête, on a fait un moyen (une cloison), lequel moyen a, à chaque côté, une porte de fer, à l’entre-deux une grille de fer; tout cela est grossier, vieil et sans appareil de richesses. Cette grille tient la largeur d’une porte à l’autre. Au travers d’icelle, on voit jusqu’au bout de cette logette. Là se voit, au haut du mur, l’image de Notre-Dame, faite, disent-ils, de bois. Tout le reste est si fort paré de vœux (ex-votos) riches, de tant de lieux et princes, qu’il n’y a jusques à terre pas un pouce de vide et qui ne soit couvert de quelque lame d’or ou d’argent. J’y pus trouver à toute peine place et avec beaucoup de faveur, pour loger un tableau dans lequel il y a quatre figures d’argent attachées. Au pied de la mienne, il y a insculpté sur l’argent: Michael Montanus, Gallus Vasco eques regii ordinis, 1581. À celle de ma femme: Francisca Castaniana uxor; à celle de ma fille: Leonora Montana filia unica

Les preuves de la véracité de la translation

(…) Mais quelles sont ces preuves troublantes de la véracité de la translation de la Maison de Lorette que nous évoquions en début de chapitre? Le temps est venu de les aligner.

D’abord le matériau dans lequel a été exécutés ses murs épais de 37,5 centimètres. Il s’agit de deux espèces de calcaires, l’un dur et l’autre tendre, d’une couleur telle qu’on n’en trouve pas en Italie alors qu’elle est commune en Palestine et en usage en particulier à Nazareth. Au cours des siècles, des délégués ont traversé les mers pour les comparer. Qu’on se souvienne de la première expédition envoyée par le comte Frangipani, et de la seconde venue d’Italie. Depuis le milieu du XIXe siècle des analyses chimiques de la composition de ces pierres sont venues confirmer les impressions des « vérificateurs » antérieurs.

À partir de ces données, il pourrait être aisément déduit que ces pierres venant de si loin ont été assemblées sur place. Il n’en est rien. Le mortier qui les unit ajoute son témoignage. Envoyé à Rome pour analyse chimique, des miettes de mortier de la maison de Lorette ont été comparées à des fragments de mortier en provenance de tous les lieux saints qui subsistent à Nazareth, la grotte sous la basilique, etc. Ce mortier est un amalgame de sulfate de chaux travaillé avec de la poudre de charbon de bois. Ce procédé n’a jamais eu cours en Italie.

Une maison sans fondations qui résiste aux siècles est un phénomène architectural. Pourtant, chaque fois que des travaux furent nécessaires, pour changer soit le revêtement extérieur soit les dalles du sol, la stupéfaction des ouvriers fut complète. Les murs se soutenaient sur la terre nue et sans fondations. Des documents de 1531, 1672, 1751 l’attestent. Telle la maison de Lorette avait été posée sur une route, telle elle demeurait. Sous les murailles, en 1531, on recueillit des petits cailloux, des pierres écrasées comme on en trouvait sur les grands chemins. Un buisson épineux planté sur le bord de la route s’y était trouvé pris. En sa compagnie quelques enveloppes de glands, une coquille d’escargot, une noix desséchée et de la terre poudreuse.

Autre coïncidence troublante, le cèdre du Liban, dont sont faits tous les composants et objets de la maison. Aussi bien un linteau au-dessus de la porte, les restes d’une ancienne cloison, la statue de 93 centimètres représentant la Vierge et l’Enfant, le bois de la croix grecque arrivée avec la maison. Pendant longtemps – elle est effacée aujourd’hui – la fresque montrant Saint Louis chargé de chaînes fut un témoignage, elle aussi. Comme l’est toujours l’armoire creusée dans le mur selon la coutume de Galilée.

Cette maison qui vole, cette maison voyageuse serait-elle bien celle qui abrita Marie, celle où l’Ange lui annonça la merveilleuse nouvelle, celle où Jésus de Nazareth grandit ?

Jean-Paul II a apporté une réponse en y venant en pèlerinage le 8 septembre 1979. Dans une homélie, il s’est déclaré « heureux que l’humble pelouse de Lorette soit devenue l’un des plus célèbres sanctuaires mariaux de l’Italie ». Le même jour il déclarait : « Je viens ici, par l’intercession de Marie, chercher la lumière » et prononçait un discours important sur « la maison familiale, symbole de l’unité et de l’amour ».